Nav difficile
Mais voilà, le vent se lève quelques heures à peine après notre coucher. À minuit quinze, je me lève et commence la veille. Je crains de voir l’amarre accrochée autour du rocher se dérober ou bien se briser à force d’être râpée. Et si l’amarre lâche, l’arrière de Galaad heurtera les rochers, ça, c’est certain. Alors, je veille avec la lampe torche. Je l’allumerais au moins 30 trente fois afin de m’assurer que l’amarre tiens toujours. Vers 3 heures du matin, Fred se lève et prend la relève. Je m’endors aussitôt sur la couchette de mer, prête à bondir. Au petit matin, Fred se couche et je recommence à surveiller, mais plus sporadiquement.
Je me réveille pour de bon vers les 8 heures. Évidemment, l’amarre tient toujours sinon, on s’en serait rendu compte. Ouille ! Je constate que l’amarre s’est en partie libérée du rocher et que ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne se libère totalement. Combien de temps ? Mystère et boule de gomme... on n’attendra pas pour le savoir... Je passe mes commentaires à Fred qui se lève et décide qu’il est temps de dégager de là.
Il est vrai qu’on commence à se sentir vraiment dans un trou à rats. Faudrait pas que le vent monte encore... Rien de dramatique, pas de danger de mort pour nous trois ; on donne trois petits coups de brasse et on est sur la terre ferme. Mais pour Galaad, s’il dérape sur les rochers, on est mal parti !
Alors on démarre le moteur, je remonte l’ancre à l’avant pendant que Fred barre. Il doit veiller au grain, ne pas laisser la houle pousser Galaad vers les rochers. J’appuie sur le ti-bouton de la commande du guindeau électrique qui fait remonter la chaîne qui ne remonte pas assez vite à notre goût, mais il n’y a rien d’autre à faire que de regarder les maillons s’engouffrer dans la soute avant à leur rythme à eux, pas au nôtre. Enfin, l’ancre est à remontée, bien à sa place.
Fred nous éloigne du danger et nous amène en zone plus calme, de l’autre côté de l’ouverture de la cala. Maintenant, on doit mettre l’annexe à l’eau pour que Fred puisse aller récupérer l’amarre laissée à moitié accrochée au rocher. Dans un cas comme celui-là, on met d’abord l’équipage et le bateau en lieu sûr et ensuite on récupère les bouts de cordes ! Pendant ce temps, je tourne en rond avec le gros bateau, tout doucement afin d’attendre le retour de ma douce moitié (pas si douce ce matin,...). Ketty, elle, dors toujours... Ah ! l’insouciance de l’enfance !
De retour sur Galaad, on remonte l’annexe et on décide de naviguer jusqu’à San Antonio ou dans les parages. Eh ! bien, la mer qui nous apparaissait comme légèrement inconfortable avec quelques rafales à 20 noeuds (prévisions météo) joue au rodéo avec nous. On aura droit à plus de trois heures de vagues de face avec des creux de 2,5 à 3 mètres. Le vent apparent est de 30 noeuds en moyenne. Encore une fois, rien de bien dangereux ; il existe des conditions pire que celle-là. Mais ce n’est pas confortable du tout.
Aussi, on a complètement oublié de mettre les bouchons des manches à air. (Trous permettant de faire entrer l’air frais dans le bateau, à l’avant. Les trous sont un peu protégés par des bidules en plastiques appelés manches à air.) Évidemment, avec les plongeons olympiques de Galaad, les trous en prennent plein la gueule et, vous l’aurez compris, vident leurs tripes DANS le bateau. Sur le plancher, sur les coussins du carré, un petit coin de la couchette de Ketty,... Que de travail en perspective. Au final, on a été rincé sans relâche par cette mer pas commode aujourd’hui. Un moment, je me suis dit qu’il me faudrait me rincer à l’eau douce si tôt la mer calmée car sinon je me changerais assurément en statue de sel en séchant !
Bref, on finit par arriver près de San Antonio, où on mouille l’ancre par 15 mètre de profondeur. On n’y restera pas longtemps parce que,... parce que... ça ne nous dit rien. C’est profonds, pas très bien protégé de la houle, pas joli, trop près des rochers (encore ceux là !)... On essaie de se faufiler dans une petite cala déjà occupée par un bateau miniature installé en plein milieu. Nous sommes trois intrus à nous battre pour un petit coin mais aucun ne réussi. Le type qui surveille les nageurs (apparemment, on appelle ça un sauveteur...) nous dit de déguerpir, même si on est en dehors de SA plage...
On va alors faire un tour du côté du port de San Antonio. C’est affreux, archi-bétonné, archi-bruyant et archi-bondé. Cette journée nous réserve encore une merveilleuse surprise : un ODNI (Objet Dur Non Identifié) s’élance directement sous notre dérive et fait péter la drosse (corde qui tiens la dérive basse. La dérive, déjà expliqué voilà longtemps, est une sorte de grosse planche qui descend sous le bateau, à 3,10 mètre dans le cas de Galaad). Et voilà, la journée est complète !
Fred décide alors de nous amener à la Cala Salada, à environ 4 miles de là. Cette cala était sa première idée. Moi, j’étais fatiguée de la houle, des vagues, des rinçages successifs et je préférais arrêter à San Antonio, Ketty aussi. Fred, en bon skipper, a écouté ses ouailles mais c’était une erreur. On est arrivé rapidement à la Cala Salada où une magnifique place n’attendait que nous. On y a passé dix journées sublimes !
